© Volodymyr LIPKAN | 06.03.2025

L’intégration européenne constitue une étape logique de l’interaction de l’Ukraine avec les pays concernés, fondée sur la mise en œuvre et la garantie des intérêts nationaux prioritaires ukrainiens, ce qui devrait aboutir à l’élaboration d’une identité civilisationnelle ukrainienne renouvelée.

Un État indépendant et libre reproduit et étend quotidiennement la volonté et la liberté. C’est pourquoi il représente en permanence une menace pour les régimes autoritaires.

Afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis, l’Europe doit se doter de sa propre alliance militaire en remplacement de l’OTAN, dont les forces armées ukrainiennes (ZSU) devraient constituer la base. L’Europe doit gagner en autonomie, ce qui rend inéluctable un partenariat étroit entre l’Ukraine et l’Europe. Ce partenariat profite à toutes les parties, car, en s’associant à l’Ukraine, l’Europe renforce la garantie de sa propre identité civilisationnelle et affirme une nouvelle stratégie géopolitique indépendante des États-Unis.

La signature d’un accord sur les minéraux entre les États-Unis et la Russie constitue une violation des principes du partenariat stratégique. En effet, si les États-Unis entretiennent des relations économiques avec la Russie, il devient logique pour l’Ukraine de ne pas poursuivre un tel format de partenariat avec Washington et de réorienter sa politique vers l’Union européenne tout en envisageant des alternatives avec la Chine et les pays du Sud global.

Le renforcement de l’Europe exige la construction de nouvelles capacités de défense européennes, dont l’élément clé pourrait être l’expertise sécuritaire ukrainienne. Tout accord avec la Russie doit tenir compte de l’expérience passée de violations systématiques des engagements par Moscou, ce qui rend illusoire la possibilité de respecter des accords avec ce pays. L’incapacité structurelle à respecter les engagements, la vision archaïque de l’expansion territoriale, la domination d’une gérontocratie politique, la fiabilité stratégique incertaine, la traîtrise et la perfidie, ainsi que la criminalité du régime politique sont autant de caractéristiques du régime poutinien contemporain. Dès lors, les stratèges européens doivent intégrer ces éléments avant toute tentative de négociation et de mise en place de règles du jeu communes, qui, par essence, ne seraient respectées que par les autres parties, à l’exclusion de la Russie.

L’Europe a besoin d’une politique nouvelle et indépendante des États-Unis dans tous les domaines de la vie publique et non uniquement dans le domaine sécuritaire. Cela implique :

  • une nouvelle armée européenne reposant sur les forces armées ukrainiennes ;
  • des approches conceptuelles innovantes en matière de sécurité, notamment en faveur d’une défense active de l’Europe ;
  • une nouvelle idéologie et une refonte du contenu de l’identité civilisationnelle européenne, fondée sur l’unité nationale européenne en dehors du prisme de l’histoire militaire et des défaites passées ;
  • le développement d’un complexe militaro-industriel européen de haute technologie, avec l’industrie de défense ukrainienne comme socle principal ;
  • l’indépendance énergétique grâce à l’expansion du secteur nucléaire ;
  • le renforcement du système financier européen ;
  • la mise en place de nouveaux systèmes d’information et numériques européens ;
  • l’intensification des programmes spatiaux européens conjoints ;
  • l’amélioration de la flexibilité de la gouvernance au sein de l’UE en neutralisant les tentatives de blocage des décisions politiques par les satellites de Moscou et les acteurs pro-Kremlin, qui nuisent aux intérêts des États membres de l’UE.

L’indépendance européenne en matière de défense ne peut être assurée que par la construction de nouvelles infrastructures militaires stratégiques utilisant des technologies de pointe en Ukraine, ainsi que par l’exploitation du potentiel industriel de défense ukrainien au service d’une Europe forte et souveraine.

La priorité stratégique de l’Ukraine doit être l’orientation européenne de sa politique étrangère, tandis que ses priorités tactiques doivent inclure le développement des relations avec la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite et les pays du Sud global.

L’Europe a besoin d’une unité solidaire, et l’Ukraine est l’élément clé qui doit unir l’Europe dans la victoire contre la Russie et dans la neutralisation des pressions exercées par le régime de Donald Trump. En outre, cette unité est dictée par les tentatives de la Chine, de la Russie et de l’expansion des BRICS de créer une contrebalance géostratégique puissante aux pays européens.

Le renforcement de l’Europe

Le bien-être, la prospérité et la sécurité de l’Europe deviennent de plus en plus incertains avec la poursuite de la guerre contre l’Ukraine et la réduction drastique du soutien des États-Unis. Il est impératif de mettre en place des mécanismes garantissant le développement et l’affirmation des valeurs européennes, ainsi que l’évolution de la civilisation européenne en dehors des divisions traditionnelles entre chrétienté orthodoxe et occidentale.

La nouvelle identité européenne et le cadre civilisationnel européen émergent dans un contexte marqué par la montée du néo-impérialisme, du techno-fascisme et par l’unification des stratégies sécuritaires de la Russie, des États-Unis et potentiellement de la Chine et de la Turquie, dont la militarisation vise à établir une domination soit macro-régionale, soit mondiale.

Ces menaces sont de nature complexe et ont un impact significatif sur le paysage géostratégique européen. Dès lors, la menace posée par la Russie ne doit pas être perçue uniquement comme un danger pour l’Ukraine, mais bien comme une menace existentielle pour toute l’Europe.

La vision d’Emmanuel Macron, leader d’une Europe libre et forte

Je propose d’analyser le discours prononcé le 5 mars 2025 par le président de la République française, Emmanuel Macron, en tant que figure de proue d’une Europe libre et souveraine. J’apporterai ma propre vision des messages clés de cette allocution stratégique, prononcée à la veille du sommet de Bruxelles qui se tiendra aujourd’hui.

C’est la Russie qui a transformé la guerre contre l’Ukraine en un conflit mondial sur le continent européen, en y impliquant d’autres acteurs : la Corée du Nord, l’Iran et, indirectement, la Chine.

La Russie poutinienne démantèle les frontières de l’Europe par plusieurs moyens :

  1. L’annexion de territoires en Ukraine ;
  2. L’influence directe sur les processus électoraux en Allemagne, en Roumanie et en Moldavie ;
  3. L’organisation d’assassinats ciblés d’opposants au régime de Poutine sur le territoire de pays européens, notamment en Allemagne et en Bulgarie ;
  4. La conduite de cyberattaques contre des infrastructures stratégiques européennes afin de déstabiliser l’ordre sociopolitique.

L’Europe doit prendre conscience que la guerre ne se joue pas uniquement en Ukraine, mais que la sécurité de l’ensemble du continent est en jeu. La nécessité d’une réponse unifiée et forte face à ces défis est aujourd’hui plus pressante que jamais.

La Russie viole continuellement les frontières de l’Europe : dans l’espace aérien, en mer, sur terre et dans le cyberespace.

L’agressivité existentielle de la Russie envers l’Europe ne reconnaît aucune limite et constitue un test direct de la résilience européenne. Plus l’Europe se contentera de discours, plus la Russie de Poutine passera à l’action, rendant ainsi les conséquences irréversibles.

Emmanuel Macron

Malgré des pertes militaires considérables en Ukraine, la Russie poursuit son réarmement et, d’ici 2030, son armée devrait atteindre 1,5 million de soldats. Dans ce contexte, le 5 mars 2025, le Président français Emmanuel Macron a déclaré :

« La Russie devient une menace permanente pour la France et l’Europe en l’absence d’un soutien garanti des États-Unis. »

Macron a également souligné un point fondamental :

« L’Europe possède la puissance économique, la capacité et le talent pour relever les défis de notre époque et se positionner à égalité avec les États-Unis, sans même parler de la Russie. Nous disposons de tous les moyens nécessaires pour cela. C’est pourquoi nous devons agir ensemble en tant qu’Européens et faire preuve de détermination pour assurer notre propre protection. Dans cette situation, il serait insensé de rester de simples observateurs. »

Il s’agit ici de garantir des conditions de sécurité stables pour tous les Européens, en premier lieu pour les Ukrainiens.

Macron a clairement affirmé l’unité de l’identité civilisationnelle européenne, dont l’Ukraine est un élément constitutif. Par conséquent, il ne suffit plus de parler, il faut agir concrètement. Il a insisté sur le fait que l’aide à l’Ukraine devait se poursuivre jusqu’à l’établissement d’une paix durable avec la Russie, bénéfique tant pour les Ukrainiens que pour l’ensemble des Européens.

Le chemin vers la paix ne peut pas passer par :

  • L’abandon de l’Ukraine ;
  • Un accord conclu à n’importe quel prix ;
  • Une paix dictée par la Russie ;
  • Une capitulation de l’Ukraine et son effondrement ;
  • Un simple cessez-le-feu, hautement fragile et temporaire.

Macron a rappelé que l’agression russe contre l’Ukraine ne date pas de 2022, mais a commencé dès 2014. À cette époque, la France avait participé à la signature des accords de Minsk, visant à instaurer un cessez-le-feu. Toutefois, la Russie a violé ces accords, et l’Europe s’est révélée incapable de garantir l’équilibre sécuritaire en raison de l’absence de garanties solides et concrètes.

Le message clé de Macron :

« Aujourd’hui, nous ne pouvons plus croire la Russie sur parole. »

L’Ukraine a le droit à la paix et à la sécurité. La paix en Ukraine est dans l’intérêt de l’Europe et du continent européen dans son ensemble. C’est pourquoi la France a pris un rôle de premier plan dans la consolidation des engagements et des garanties nécessaires à l’Ukraine.

Afin d’éviter qu’après la signature d’un accord de paix, l’Ukraine ne soit à nouveau victime d’une invasion russe, les Européens doivent se préparer à une assistance de long terme aux forces armées ukrainiennes. Des forces européennes seront présentes en Ukraine après la signature de l’accord pour garantir son respect intégral.

La France envisage une paix durable, stable et sous contrôle. Si les Européens espèrent toujours que les États-Unis resteront aux côtés de l’Europe, ils doivent néanmoins être prêts à faire face à une situation où ce ne serait pas le cas.

Face à la menace existentielle que représente la Russie pour les pays européens, ces derniers doivent renforcer leurs capacités de défense afin de dissuader toute future agression. Cela implique une augmentation significative des investissements dans l’armement, seule garantie de la paix et de la stabilité.

L’Europe reste attachée à l’OTAN et au partenariat avec les États-Unis. Toutefois, compte tenu de l’imprévisibilité de la stratégie américaine, l’Europe doit acquérir une autonomie stratégique en matière de défense et de sécurité.

La déclaration clé du Président Macron :

« L’avenir de l’Europe ne se décide ni à Washington, ni à Moscou. »

Une prise de conscience claire émerge : la menace revient sans cesse de l’Est, et ce qui était considéré comme intangible depuis la chute du mur de Berlin il y a 30 ans appartient désormais au passé.

D’où viennent les fonds pour la défense européenne ?

Une question cruciale se pose : d’où les Européens tireront-ils les ressources financières nécessaires pour renforcer leur défense ?
Comment accroître les dépenses militaires sans aggraver le déficit des budgets nationaux ?

Le leader de la politique européenne, Emmanuel Macron, propose plusieurs solutions :

  • Augmenter les dépenses de défense tout en les excluant du calcul du déficit budgétaire ;
  • Mettre en place un financement commun massif pour l’acquisition et la production, sur le sol européen, des équipements militaires les plus innovants, notamment des munitions, chars, armements et technologies – dans le but de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe ;
  • Moderniser et réarmer les forces armées européennes tout en accélérant la réindustrialisation des régions ;
  • Donner une signification concrète à la défense européenne moderne : les pays européens augmentent leurs budgets militaires, produisent leur propre équipement en Europe et assurent leur propre sécurité grâce à une intégration plus poussée et une coopération renforcée, tout en réduisant leur dépendance critique vis-à-vis du reste du monde ;
  • L’Allemagne, la Pologne, le Danemark et les pays baltes figurent parmi les premiers à avoir déclaré leur volonté d’adopter des mesures sans précédent pour augmenter leurs dépenses militaires. Ce modèle doit être suivi par tous les pays qui ont compris que l’ère des discours est révolue et que l’heure des actions concrètes est venue.

La France inaugure l’ère de l’ACTION

La France se distingue aujourd’hui par un statut particulier : elle ouvre le temps de l’action.

Elle dispose de l’armée la plus puissante et la plus efficace d’Europe. Mais surtout, grâce à la vision stratégique de ses dirigeants et aux choix géostratégiques opérés après la Seconde Guerre mondiale, la France possède une capacité de dissuasion nucléaire, qui lui confère un niveau de protection supérieur à celui de nombreux pays voisins.

La France n’a pas attendu l’invasion de l’Ukraine pour reconnaître et anticiper les tendances alarmantes du monde. Grâce à deux lois de programmation militaire élaborées sous l’impulsion du leader européen Emmanuel Macron, la France a doublé son budget militaire en dix ans, consolidant ainsi sa position de pilier central de la défense européenne.

Toutefois, l’évolution réelle des menaces et l’accélération de leur dynamique imposent l’adoption de nouvelles décisions budgétaires radicales, ainsi que la mobilisation d’un volume d’investissements plus important, y compris privés, devenus aujourd’hui une nécessité.

Il s’agit d’un mécanisme de mobilisation du financement privé et public, sans pour autant augmenter les impôts.

Ainsi, Emmanuel Macron met subtilement l’accent sur un point essentiel : la mobilisation ne signifie pas une atteinte aux droits de l’homme et du citoyen, ni une détérioration du niveau de vie de la population.

Ce dont il est question, c’est avant tout d’une mobilisation financière, d’un engagement massif du secteur privé en vue d’une augmentation substantielle et qualitative du fonctionnement du complexe militaro-industriel européen. L’Ukraine doit devenir le fer de lance du développement d’un nouvel écosystème de défense en Europe.

La mise en œuvre de ces projets nécessitera :

  • Des réformes ;
  • Un choix conscient ;
  • Du courage politique.

Le rôle stratégique de la dissuasion nucléaire

Les forces de dissuasion nucléaire ne portent pas le qualificatif de « stratégique » par hasard.

Aujourd’hui, alors que les États-Unis se sont éloignés :

  • de l’Europe ;
  • des problèmes et des menaces ;
  • des actions concrètes attendues par l’Occident collectif ;

une question cruciale se pose : et maintenant ? Qui et comment défendra l’Europe ?

Pour l’Ukraine, la réponse semble évidente. Mais pour les Européens, habitués à vivre sous le parapluie sécuritaire et nucléaire américain, la situation est toute autre.

C’est précisément dans ce contexte que se manifeste la vision stratégique des dirigeants français.

La dissuasion nucléaire française : un arsenal souverain et complet

L’arsenal nucléaire français protège la France, et il est intégralement souverain, maîtrisé de bout en bout par la France. Depuis 1964, il joue un rôle fondamental dans le maintien de la paix et de la sécurité en Europe.

C’est pourquoi, les décisions pseudo-politiques prises par certains dirigeants de priver l’Ukraine de l’arme nucléaire et de tout son arsenal constituent en réalité une privation de son souveraineté stratégique.

Volodymyr LIPKAN

Compte tenu de la conception annoncée d’une autonomie sécuritaire de l’Europe vis-à-vis des États-Unis, la France, à la suite de la Conférence de Munich du 14 au 16 février 2025, ouvre un débat stratégique sur la protection des alliés européens sur le continent à travers sa dissuasion nucléaire.

La France est prête à devenir l’avant-garde sécuritaire de l’Europe et, aux côtés de l’Ukraine, à défendre ensemble les valeurs civilisationnelles communes : la liberté, la liberté de culte, les droits de l’homme et l’inviolabilité des frontières nationales.

Si les Européens veulent prendre en main leur propre destin et devenir plus autonomes, ils doivent travailler à cette indépendance tant sur le plan militaire qu’économique.

Ainsi, le leadership français se manifeste également dans une dimension théorique, méthodologique et géostratégique. Un nouveau discours militaire émerge, dont le fondement est l’autonomie stratégique européenne en matière de sécurité et de défense, basée sur une conception globale d’indépendance systémique, qui comprend les dimensions suivantes :

  • Économique
  • Industrielle
  • Sécuritaire et défensive
  • Financière
  • Renseignement
  • Information et télécommunications

Une nécessité face aux incertitudes stratégiques

Cette autonomie est une nécessité impérieuse dans un contexte de profonde incertitude quant à la fiabilité du partenariat avec les États-Unis, ainsi qu’à l’escalade des tendances revanchistes et néo-impérialistes.

Ce choix complexifie la situation géopolitique et l’enrichit d’une nouvelle structuration stratégique. Néanmoins, il ne restera pas sans réponse adéquate et proportionnée de la part des pays européens.

Quelle que soit la position des États-Unis, le moment actuel exige l’adoption de décisions sans précédent pour les décennies à venir.

 

La stratégie de l’Europe doit être pensée, définie et mise en œuvre par l’Europe, en Europe et pour l’Europe.

Ceci constitue un principe fondamental, qui s’applique également aux futures décisions concernant l’Ukraine en tant que partie intégrante de l’Europe.

Volodymyr LIPKAN

 

 

 

 

Éviter les extrêmes : ni militarisme excessif, ni défaitisme

Les défis précédemment évoqués rendent inévitable un bouleversement irréversible de l’équilibre politique. Toutefois, dans ce contexte, il est essentiel d’éviter deux écueils :

  1. Un militarisme excessif dans le discours géostratégique
  2. Un défaitisme exagéré

La France restera fidèle à une seule ligne directrice : la volonté de paix et de liberté, conformément à son histoire et à ses principes.

Les décisions de demain ne peuvent pas être dictées par les habitudes d’hier.

Emmanuel MACRON

Vers une nouvelle doctrine géostratégique fondée sur le néo-humanisme

Pour protéger la démocratie, les principes fondamentaux de la vérité, la liberté de la recherche, le respect dans nos sociétés et la liberté d’expression, une nouvelle doctrine géostratégique doit être élaborée, reposant sur les fondements du néo-humanisme.

Le postmodernisme, avec sa dichotomie conventionnelle entre :

  1. les centres de pouvoir et la périphérie,
  2. le noyau et les flancs,
  3. l’Occident collectif et le Sud global,

appartient désormais au passé. L’antagonisme est étranger au véritable humanisme.

C’est pourquoi la France, comme à l’époque des Lumières et de la modernité, se positionne à l’avant-garde d’une nouvelle pensée géostratégique et d’une nouvelle conception du néo-humanisme, fondée sur la liberté, garantie par une force rationnelle et éclairée.

Il ne s’agit pas d’un retour aux antagonismes nationaux, aux haines religieuses ou aux fractures idéologiques. Au contraire, le néo-humanisme établit les bases d’un développement coévolutif des systèmes sociaux qui placent l’individu au centre, en garantissant ses droits et libertés par une gouvernance étatique forte et stable.

L’identité nationale devient ainsi un pilier de la construction d’un nouvel ordre mondial, dans lequel les valeurs du bien, des droits humains et de la liberté ne peuvent pas exister comme des évidences intangibles, mais doivent être protégées par la force de l’État.

L’intégration du centrisme humaniste et du souverainisme étatique constitue donc le socle du néo-humanisme et de la vision géostratégique des leaders d’une Europe libre et forte, capables de défendre ces valeurs non seulement par des paroles, mais par des actions concrètes.

C’est précisément pour ces principes que l’Union européenne a été fondée.

L’avenir de l’Ukraine au sein de l’Union européenne

L’Ukraine est indubitablement une nation européenne, dotée d’une longue histoire et parfaitement synchronisée avec les valeurs inhérentes à l’identité européenne.

Ce qui distingue aujourd’hui la dimension civilisationnelle européenne, c’est que les citoyens ukrainiens, quelles que soient leurs origines et leurs langues, ont forgé une identité ukrainienne modernisée et unique, qui s’inscrit pleinement dans la construction d’une Europe forte et sécurisée.

L’Ukraine se bat pour sa liberté, son indépendance et son égalité souveraine, non seulement pour elle-même, mais pour toute l’Europe.

Un discours porté par la pensée française et l’héritage cartésien

Aujourd’hui, Emmanuel Macron ne s’est pas exprimé uniquement en tant que Président de la France. Il a porté la voix de l’intellect collectif français, une pensée philosophique profonde, remontant à des figures comme René Descartes.

Dans son Discours de la méthode, Descartes établit quatre principes fondamentaux, qui trouvent une résonance particulière dans la situation actuelle :

  1. Ne rien accepter pour vrai sans un examen critique rigoureux.
    • La Russie n’a jamais respecté ses engagements et s’est toujours montrée non fiable dans les relations internationales :
      • Destruction du vol MH-17 (Malaisie) et du vol d’Azerbaijan Airlines, abattu par un système russe “Pantsir-S” en décembre 2023.
      • Agression armée contre l’Ukraine, violation des accords de Minsk,
      • Déclenchement de la Seconde Guerre mondiale par l’URSS après le pacte Molotov-Ribbentrop.
    • Conclusion : Il n’existe aucune base rationnelle pour accorder la moindre confiance à la Russie.
  2. Décomposer chaque problème en autant de parties que possible pour mieux le résoudre.
    • La question de la sécurité de l’Europe est multidimensionnelle, comprenant à la fois des facteurs internes et externes.
    • La nouvelle géostratégie européenne doit être construite progressivement, en traitant chaque élément avec rigueur.
  3. Organiser ses pensées du plus simple au plus complexe.
    • Macron a clairement exposé la logique des événements :
      • Pourquoi un changement de doctrine sécuritaire est nécessaire.
      • Pourquoi l’autonomie stratégique de l’Europe vis-à-vis des États-Unis est désormais une priorité absolue.
  4. Revoir systématiquement l’ensemble du raisonnement pour s’assurer de ne rien omettre.
    • C’est précisément pour cela que les dirigeants européens se réunissent régulièrement, au-delà du noyau central de l’UE et de l’OTAN, pour ajuster leurs stratégies.

Une Europe qui apprend à se connaître et à se défendre

L’Europe est en train de se redécouvrir, à travers les crises, les défis existentiels, la nécessité de sortir de sa zone de confort et son aspiration indéfectible à la liberté.

Ce processus est parfaitement illustré par Pierre Abélard dans Connais-toi toi-même.

La quête de liberté de l’Europe pourrait s’effondrer si elle échoue à prendre des décisions stratégiques courageuses en matière de sécurité.

C’est précisément ce combat que la France mène aujourd’hui.

C’est ce choix qui est en jeu et qui explique pourquoi l’Europe a aujourd’hui besoin d’une solidarité et d’un engagement européens plus profonds que jamais.

L’équipement militaire, les décisions politiques ne sont qu’une facette du combat.

Elles ne remplaceront jamais la force de l’esprit européen.

La détermination des Ukrainiens inspire l’Europe.

Elle montre qu’une identité européenne renouvelée et une architecture de sécurité modernisée peuvent être bâties sur la base de la puissance de la raison et de la force maîtrisée.

Une Europe où l’Ukraine retrouvera la place qui lui revient dans sa famille européenne, temporairement oubliée.

Notre génération ne bénéficiera plus des dividendes de la paix. Il nous revient désormais d’assurer que nos enfants les reçoivent demain, en remplissant aujourd’hui notre devoir historique. Nous y parviendrons, ensemble.

Emmanuel MACRON

L’avenir de l’Europe est entre les mains de l’Europe : dans les mains des nations européennes, dans l’esprit des analystes européens, dans les décisions et les actions des dirigeants européens.

C’est pourquoi l’orientation géostratégique de l’Ukraine doit avoir pour priorité absolue son intégration dans l’espace civilisationnel européen.

L’objectif n’est pas seulement l’adhésion pleine et entière de l’Ukraine à l’Union européenne dans les plus brefs délais, mais également l’achèvement des transformations profondes, à la fois mentales et civilisationnelles, qui permettront une Europe unie et sécurisée.

L’un des piliers de cette évolution repose sur la formation, à partir des forces armées ukrainiennes, françaises et d’autres nations européennes engagées, d’une force militaire intégrée : les Forces Armées Unifiées de l’Europe.

“L’avenir de l’Europe ne doit pas être décidé à Washington ou à Moscou.”
Discours historique d’Emmanuel Macron, 6 mars 2025
[1] BBC Ukrainian – Article original

[2] Emmanuel Macron – Adresse aux Français
Vidéo officielle

 

Про автора

Close